Le Murmure des songes, Cie Accrorap
droits image : ©Benoite-Fanton
Il y a cet instant fragile où la lumière s’éteint, où le monde réel se fissure doucement. C’est précisément là que Kader Attou nous attend. Le Murmure des songes ne raconte pas une histoire : il ravive un état. Celui de l’enfance quand, allongé dans le noir, l’imaginaire se met à chuchoter plus fort que la peur.
Grande figure du hip-hop contemporain, Attou délaisse ici toute démonstration pour ciseler une danse de la délicatesse. Son écriture chorégraphique, souple et ondulante, semble flotter entre deux mondes : celui du corps maîtrisé et celui des visions qui surgissent malgré nous. Quatre danseurs explorent ce territoire instable, peuplé de créatures marines, de monstres familiers et d’étoiles filantes, comme autant de fragments d’un rêve partagé.
Le dispositif scénique joue un rôle essentiel dans cette traversée. Un voile, des images projetées, une lumière tamisée : les murs de la chambre d’enfance s’écartent pour laisser place à un paysage onirique, à la fois aquatique et aérien. Les collaborations avec l’illustratrice Jessie Désolée tissent une matière visuelle mouvante, tandis que la musique de Régis Baillet enveloppe l’ensemble d’une étrangeté douce, plus apaisante qu’inquiétante.
La danse garde la mémoire du hip-hop : élasticité des corps, ruptures, glissements, envols soudains. Mais ici, les gestes semblent animés par une nostalgie ludique, comme si chaque mouvement cherchait à apprivoiser le noir plutôt qu’à le fuir. Les peurs enfantines ne sont jamais niées ; elles sont transformées, mises en jeu, jusqu’à devenir des partenaires de danse.
Pensé comme un rituel précédant l’endormissement, Le Murmure des songes s’adresse aux plus jeunes autant qu’aux adultes. Les premiers s’y reconnaissent immédiatement, les seconds retrouvent ce territoire oublié où l’on n’a pas encore renoncé à croire aux monstres sous le lit. Et lorsque Kader Attou apparaît lui-même en fin de parcours, le message devient limpide : on ne quitte jamais vraiment l’enfance, on apprend seulement à la faire danser autrement.
Dans une salle comble, peuplée de nombreux enfants, on n’entendait plus que les respirations, parfois quelques rires. Un moment de grâce.
Direction artistique et chorégraphique : Kader Attou
Scénographie : Kader Attou
Musique : Régis Baillet
Lumières : Cécile Giovansili-Vissière
Vidéo : Caroline Grastilleur
Accessoires : Oliver Borne
Illustration : Jessie Désolée
Interprétation :
Margaux Senechault, Ioulia Plotnikova, Artem Orlov, Kevin Mischel
PROCHAINES DATES
8, 9 janvier
Aix-en-Provence, Pavillon Noir
18 janvier
Suisse, Neufchâtel, Théâtre du Passage
22, 23 janvier
Grasse, Théâtre
27 janvier
Clichy, Espace 93
29, 30, 31 janvier
Villejuif, Théâtre Romain Rolland
4, 5, 6 février
Tulle, L’empreinte, Scène Nationale Brive Tulle
13 février
Cachan, Théâtre Jacques Carat
15 février
Champigny-sur-Marne, Théâtre Gérard-Philippe
27 février
Châteaubernard, Le Castel
10, 11, 12, 13, 14 mars
Saint-Etienne, La Comédie, Centre Dramatique National
17, 18 avril
Espagne, Madrid, Teatros del Canal
9 mai
Suisse, Vevey, Théâtre le Reflet
19, 20, 21, 22, 23 mai
Beauvais, Théâtre du Beauvaisis, Scène Nationale
12 juin
Bezons, Théâtre Paul Eluard
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