Avec Aurélie Reybier, cheffe de chœur, Brunot Perbost, piano et arrangements musicaux, François Lamargot, chorégraphe et Jehanne Carillon, metteure en scène.
Les jeunes du chœur de scène travaillent depuis un an la réalisation du spectacle, créé à partir d’un choix de chansons fait par Aurélie Reybier. Le Créa a fait appel à un librettiste pour l’écriture de livret afin de mettre en lien les chansons. Le librettiste est venu également rencontrer les enfants pour s’inspirer de leurs remarques/idées.
J’ai assisté à la deuxième journée d’un week-end de travail.
Quand j’arrive, à 10 h, ils sont tous là, prêts pour le travail, joyeux et en forme.
Dans la salle de spectacles
Ils commencent par faire des exercices de mise en disponibilité corporelle, prendre de l’espace, etc. avec le chorégraphe.

Ensuite, avec Aurélie, ils font des jeux vocaux, jeux de miroirs
Sirènes, jeux des nuances, sons courts et longs, etc. On se salue, on se dit coucou de loin, on s’appelle. On alterne marches et rencontres vocales.
C’est un travail important de mise en disponibilité de la voix en relation avec le corps, dans lequel on utilise beaucoup l’improvisation et la créativité des jeunes.
Travail sur les contrastes, fous rires et arrêts brusques.
S’ensuit un travail plus spécifique de chauffe vocale : chanter des notes longues comme on le désire, pour créer des clusters.
Les vocalises, qui sont accompagnées joliment au piano, font travailler différents éléments. La vitesse, la résonance, etc. Elles sont très variées, ils les connaissent et les chantent avec entrain et plaisir.
Ensuite ils révisent une chanson en train d’apprentissage, qu’ils finissent en chantant à plusieurs voix avec un superbe accompagnement jazzy au piano.
Les voix 2 vont travailler avec Aurélie, les autres se divisent en deux ateliers.
Atelier d’Aurélie.
Les filles mettent en place la chanson, travail fin sur la justesse, précision du texte en anglais et avec des gestes.
Retour dans la salle de spectacles
où les deux groupes qui devaient travailler séparément (chorégraphe et metteuse en scène) se sont mis ensemble.
Pour la mise en scène, les deux artistes échangent, cherchent différentes solutions, avec la participation active des jeunes.
Ils travaillent le lien entre la musique et les gestes à réaliser.
Ils leur demandent, par moments, beaucoup d’autonomie, « tout le monde ne doit pas faire les mêmes choses en même temps ». Et aussi d’avoir le réflexe de « l’improvisation rapide » .

Ils travaillent les courses, l’appropriation de l’espace, en essayant de ne pas être symétriques lors de l’arrêt, et de prendre des expressions de peur.
Ensuite ils mettent tous ces éléments sur la musique. Pour l’instant ils ont du mal à faire le travail corporel tout en chantant, ce qui sera fait en fin de journée.
Ils continuent avec une autre séquence dans un travail sur la chorégraphie, avec des pas très précis qu’ils ont l’air d’intégrer facilement.
En ajoutant ensuite les claps.
Et ils finissent la matinée avec un travail sur les expressions pour faire peur (création de personnages).
Pause
Après le déjeuner un temps calme est institutionnalisé. Dans la salle il y a une musique douce, on se repose avec interdiction de portables et autres appareils de cet acabit, on se déconnecte. Et étonnamment, une majorité d’ados le fait !
Ensuite, pour se mettre en route, ils font un jeu d’aveugle. En couple, on doit amener son partenaire qui a les yeux fermés, un peu partout. Et c’est étonnant de voir des jeunes de cet âge prendre plaisir à investir tout le théâtre, en silence, avec calme et concentration, sans chercher des pièges, mais de la coopération et s’amusant en même temps.


L’après-midi commence sur un magnifique travail où l’on voit la créativité en toute sa splendeur. Il s’agit de remplir le chaudron de la sorcière avec des éléments hétérogènes, pour qu’elle puisse faire ses mixtures.
Par binômes, ils avancent, l’un énonce ce qu’il va mettre et l’autre introduit l’objet dans le chaudron. Pour l’instant ils n’ont pas d’accessoires, ils improvisent et c’est vraiment très drôle. C’est intéressant de voir la complicité qui s’instaure dans chaque couple. Une fois l’objet introduit dans le chaudron, le couple retourne à l’arrière de la file.
Ils travaillent le texte et les gestes pour qu’ils soient convaincants, et doivent être assez sûrs pour que ça défile vite.
Ensuite ils cherchent des onomatopées pour le moment où l’on jette l’objet dans le chaudron.
Ils font différents essais pour voir ce qui rend le mieux.
Ils travaillent la suite, avec les entrées, les sorties, etc. et comment se positionner sur la scène, tout en gardant les pas de la chorégraphie
S’ensuit un gros travail sur les enchaînements. Il faut prévoir les déplacements pour se trouver au bon endroit au bon moment.
Ils font donc par moments le travail corporel sans chanter.
Et ensuite un travail vocal très approfondi en mouvement, avec Aurélie
Ensuite on passe à des scènes plus théâtrales, avec solistes et chœur « je bois systématiquement » chanté avec une infinie beauté.
Les dialogues entre Dracula et son amie sont très savoureux. On propose au choeur d’intervenir par des exclamations, interjections et autres.
En tout cas, le duo est très bon et Dracula formidable.
Vers la fin, ils revoient l’enchaînement des scènes.
En ayant passé la journée avec ce groupe d’adolescents, je suis éblouie par leur investissement, leur « professionnalisme », leur joie. En aucun moment il n’y a eu des problèmes de discipline, et je les ai vus progresser depuis le début de la matinée jusqu’à la scène de la fin où ils ont tout enchaîné pendant presque cinq minutes, montrant qu’ils avaient intégré le travail de la journée.
Au théâtre et cinéma Jacques Prévert d’Aulnay-sous-Bois le 30 septembre et 1er octobre 2023
A l’Opéra de Paris, amphithéâtre Bastille du 21 au 25 novembre 2023
Voir aussi l’entretien avec Aurélie Reybier.
Cristina Agosti-Gherban