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ENFANCE, CULTURE, MUSIQUE & PEDAGOGIE

Livres adultes

N° 6 janvier 24

L’école de la République par l’image,
Maurice Mazalto

ecole

Maurice Mazalto propose une démarche originale pour brosser un tableau de l’école entre 1880 et 1920 à travers des cartes postales, qui ont connu leur âge d’or à la même époque. Elles étaient peu onéreuses et fonctionnaient comme un outil de communication et même de propagande.

Période courte mais essentielle, dit l’auteur, avec l’instauration par Jules Ferry de l’école laïque, obligatoire et gratuite.

Cette obligation implique la construction d’une très grande quantité d’écoles sur tout le territoire et au-delà, allant de l’école communale au lycée prestigieux.

En décryptant ces images, il est possible de comprendre des choix pédagogiques, sociaux et hygiénistes.

Il est intéressant de voir comment certains conflits ont une résonance avec l’actualité. Comme par exemple, pendant la bataille pour l’école laïque, une carte postale a comme texte « pour plaire au gouvernement, la nouvelle institutrice apprend à lire aux enfants dans Le Marquis de Sade ».

La séparation stricte entre filles et garçons demande la construction ou l’aménagement de bâtiments distincts. Les programmes ne sont pas les mêmes, les filles étant destinées au ménage et aux ouvrages de femmes. Elles ont finalement accès à l’enseignement secondaire et investissent les écoles normales.

N’empêche que ce ne sont pas les classes populaires qui vont étudier dans les lycées, mais les élites.

L’auteur parle, tout au long de l’ouvrage de l’Ecole Nationale Professionnelle d’Armentières, qui forme des cadres et des techniciens de l’industrie. Projet novateur, l’école a été construite avec beaucoup de soin avec de beaux bâtiments, détruits pendant la première guerre. Elle a été ensuite reconstruite.

Dans d’autres chapitres, il nous est donné à voir l’évolution du mobilier, grâce notamment à Pauline Kergomard, qui a essayé de trouver des meubles adaptés aux enfants. Il est impressionnant de voir ces salles de classe immenses, avec une quantité de tables à perte de vue.
Et encore plus impressionnant, les photos de dortoirs, avec une enfilade de lits impossibles à compter, surtout dans les pensionnats de garçons, les filles ayant un tout petit peu d’intimité.

Intimité qui ne se retrouve pas toujours, non plus, dans les douches et cabinets, quasi-inexistants. Pauline Kergomard constate leur absence, ce qui oblige les enfants à se soulager dans la rue.

L’hygiène est une préoccupation majeure, et les élèves doivent apprendre les normes principales, pour préserver leur santé mais aussi pour les enseigner à leurs familles.

Le sport, à l’air libre, les repas, pris dans des conditions souvent ahurissantes, avec les enfants assis par terre ne possédant qu’un gobelet pour la soupe, font partie aussi des images que l’auteur nous transmet.

Jusqu’ici il s’agit de l’école dans la métropole, mais il y a aussi des cartes postales des colonies. Avec une politique ségrégative, prônant la supériorité de la race blanche, il existe donc l’école indigène pour les enfants autochtones, avec des maîtres issus de la même ethnie, et l’école classique pour les enfants des blancs.

Ecrit d’une façon claire, cet ouvrage permet de connaître et de comprendre les sources de l’école moderne et fait réfléchir à celle d’aujourd’hui ainsi qu’à celle de demain.

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Du concert au show business.
Les imprésarios au cœur des échanges internationaux 1850-1930,
Laetitia Corbière

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Dans la collection Symétrie recherche, série Histoire du concert, cet ouvrage est d’une grande utilité pour comprendre le processus de l’implantation des concerts en Europe et aux USA, ainsi que l’évolution des échanges.

Extrêmement documentée, malgré le fait que les informations sont éparpillées, l’autrice a fait appel à des archives, des journaux, des prospectus, des périodiques, des correspondances en quatre langues, dans un travail de synthèse remarquable, pour rendre compte des débuts de l’activité d’impresario, bien différente à celle d’aujourd’hui.

C’est une approche où la sociologie et l’histoire s’interpénètrent, révélant tout un pan de l’histoire de la musique méconnue et quelquefois insoupçonnée.

Il est intéressant de voir comment au milieu du 19ème siècle, les Etats Unis d’Amérique n’avaient pas une tradition musicale, ni des lieux de concert et de formation pour les musiciens. Le premier conservatoire de musique a été fondé en 1865. Ce sont les premiers imprésarios venus d’Europe qui ont commencé à organiser des concerts, cherchant des lieux et apportant les musiciens.

Peu à peu émerge l’établissement de troupes permanentes qui entraîne le développement de nouvelles infrastructures musicales, l’ouverture de conservatoires, ce qui donnera des instrumentistes autochtones et comme résultat, l’émergence des Etats-Unis sur la scène musicale.

Ceci entraîne la structuration de la fonction d’imprésario, qui devient plus l’agent que nous connaissons aujourd’hui.

La vie musicale change aussi avec l’évolution de transports, mais aussi avec l’avènement de la radio et de la production discographique. Les réseaux s’internationalisent et créent des agences dans différents pays.

La profession, qui est souvent décriée par les artistes, ainsi que par les journaux et même des romans, finira par être encadrée. Un acquis majeur est l’obtention, par les artistes, du droit d’auteur, en 1866.

Nous voyons aussi les répercussions de la première guerre sur l’activité musicale, et comment chaque pays se referme sur soi-même.

Lire cet ouvrage, permet de découvrir des faits que l’on ne soupçonnait pas, et ouvre à des multiples pistes de réflexion.

Sa lecture peut intéresser toux ceux qui ont des rapports avec la musique, du mélomane à l’auditeur, en passant par les interprètes, les programmateurs, etc.

L’ouvrage est complété par une très importante bibliographie, et un index des personnes.

Un livre de référence.

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Les métiers du livre
et de l’édition
2023-2024

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A l’heure du numérique et de la dématérialisation, les métiers du livre et de l’édition continuent à recruter et à proposer de nombreuses opportunités d’emplois.

Conception de produits d’édition, traitement de l’information, fabrication, impression, marketing, diffusion, commercialisation, indexation, archivage… tous ces métiers sont traités dans cet ouvrage.
Mais on trouvera aussi les formations, les diplômes, les modes de recrutement.
C’est une mine d’informations et de découvertes pour tous ceux qui s’intéressent aux métiers du livre.

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L’aventure politique du livre jeunesse,
Christian Bruel

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Pendant une quarantaine d’années Christian Bruel a écrit une cinquantaine d’albums pour enfants, qui ont bousculé beaucoup de tabous. En tant qu’éditeur, il a proposé des ouvrages disruptifs, dans sa belle maison « Le sourire qui mord » et ensuite aux éditions « Être » dont il a cédé, à la fermeture, une partie de son fond à Thierry Magnier.

Acteur incontournable de la scène littéraire du livre jeunesse, il forme des adultes aux enjeux culturels et sociaux de l'offre de lecture jeunesse.

Dans cet ouvrage extrêmement documenté, il fait le tour des thèmes, des enjeux de cette littérature qui a mis du temps à aborder tous les sujets. Et encore maintenant, il constate que peu d’ouvrages sont capables de bousculer les idées reçues, de proposer une vraie réflexion, de susciter le débat, en allant au-delà des buts classiques de la littérature jeunesse qui sont « éduquer, divertir, informer ».

La concentration des médias, de la majorité des maisons d’édition et d’organes de presse nuit à la diversité. Et une autocensure inconsciente des éditeurs, mais aussi des auteurs, fait que les sujets ne sont pas toujours abordés en profondeur.

Tout ceci est lié à des diktats économiques et idéologiques.

L’auteur fait une étude très approfondie par thèmes, abordant ce qui sort des sentiers batrtus, et analysant une grande quantité d’ouvrages, depuis le 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui.
Que ce soit la famille, les croyances, le racisme et l’antisémitisme, l’immigration, le corps, la sexualité, le genre…nous trouvons un grand panel de textes et d’éditeurs qui osent publier des livres qui abordent ces sujets avec finesse mais sans tabous.

Et non seulement les livres, car il nous est donné à voir tout le développement de la presse pour enfants, souvent incluse dans les grands mouvements de culture populaire.

Christian Bruel montre avec force que tout est politique, et que les choix de la littérature n’échappent pas à cette constatation. L’éditeur doit être force de proposition pour pouvoir mener les enfants vers d’autres rivages.
Offrir des livres qui ouvrent des horizons, qui permettent de rêver, de développer sa créativité, de prendre conscience du monde qui nous entoure avec toute sa diversité, est un enjeu vital pour former des adultes capables de juger, de prendre de décisions, d’être autonomes.

Il faudrait aussi que les lieux de culture s’ouvrent à tous les publics. Un travail intéressant est fait dans les bibliothèques, des librairies, certains établissements scolaires, etc.

Une importante bibliographie, un index de livres jeunesse, complètent cet ouvrage très documenté.
Nous avons regretté l’absence d’un index des maisons d’édition engagées et intéressantes.

Cet ouvrage, par sa réflexion, sa documentation et son sérieux, est un outil important à mettre entre les mains de tous ceux qui ouvrent autour de l’enfant et de la littérature.

La fabrique éditions 


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